A l’EGLISE DE ROUGEMONT
Neuvième Folia
Fabuleuse
ouverture du Festival de musique ancienne de Rougemont ! Dès la
première interprétation, le public, très fourni, était conquis.
Rythmées
en diable, nostalgiques ou romantiques, les mélodies furent superbement
mises en valeur, par l’Arpeggiata. Son âme est certainement Lucilla
Galeazzi, cantatrice de musique traditionnelle et de chant populaire
italien. Son charme, allié à un tempérament bien trempé entraînent avec
fougue autant son septuor que les auditeurs. Elle jongle avec les
dialectes, du napolitain au bergamasque et dialogue avec l’auditoire en
une véritable espièglerie linguistique. Guitare baroque, luth, théorbe,
cornet, contrebasse, clarinette, castagnettes et tambourins lui
répliquent, ou poursuivent en solo, avec une maestria époustouflante.
Un vrai bonheur, prolongé d’un double bis, qui donnait ainsi le ton à
la neuvième Folia, jeudi soir 28 mai en l’Eglise St-Nicolas de
Rougemont.
Au lendemain
matin, le même Temple encore vibrant de souvenirs accueillait les
écoliers damounais des classes jusqu’à la quatrième ainsi que des
adultes très attentifs. Sur le podium, dix-huit élèves âgés de sept à
douze ans. La plupart d’entre eux fréquentent le Conservatoire de
Lausanne. En 2001, leur professeur de violon, Tina Strinning fonda les
Ministrings qui se produisent un peu partout dans notre pays et
débutent en Italie. Le 17 mai dernier, ils ont remporté le premier
prix, avec mention, du concours suisse de musique pour la jeunesse à
Lugano. L’enseignement vise à les rendre autonomes et créatifs. Ils se
dirigent eux-mêmes, dansent, jouent des cordes, du piano et de la
percussion. Une petite Turque évoque même, dans sa langue maternelle,
une mélopée apprise de son grand-père… Le tout est phénoménal ! Et de partout montent des hurlements d’enthousiasme dans un tonnerre d’applaudissements !
Tout
en subtilités et finesse, Luigi Boccherini colorera la soirée avec la
Ritirata di Madrid et son Fandango. Pour en exprimer les secrets, le
Quatuor Terpsycordes et Christian Hostettler, feront rêver l’assistance
et répéteront, après de longs applaudissements, le dernier mouvement du
Fandango. Franz Schubert contrastait avec La Jeune Fille et la Mort,
quatuor 14 en ré mineur. Un biographe situe éloquemment ses
circonstances : «Il pleuvait de la mort partout dans sa vie et entre
les deuils et ses œuvres mort-nées, Schubert s'était fait une
philosophie douce et résignée sur le monde».
Le retour à Valencia
du samedi 30 mai se déroulait au seizième siècle, sous l’égide du
Concert Brisé. Cet octuor est formé de sacqueboute très proche du
trombone, d’orgue positif de petite dimension avec soufflets, de la
dulciane ancêtre du basson, de violon, viole de gambe et cornets. La
Contre Réforme leur fournit des pages de tientos, ascendens, canons et
canto llano. La même époque était aussi celle des batailles, un thème
cher aux Espagnols. Pour l’illustrer, William Dongois commentera leur
contexte historico musical par un apport didactique intéressant. Les
longs applaudissements qui saluèrent le concert furent gratifiés
d’improvisations sur «O Monts Indépendants» ou « God save the
Queen » selon les nationalités et d’un «joyeux anniversaire» que
fêtait un des interprètes.
Ah que la Rose des Vents fut romantique…
Elle parcourut mers et terres, de la Norvège à la Catalogne, par
l’Irlande et l’Ecosse. Pour jalonner son itinéraire, des instruments
d’antan : la harpe Renaissance et double, le hardingfele ce violon
populaire norvégien, le santur de la famille des cithares sur table
dont on frappe les cordes, le bouzouki à manche long fretté, le saz
appartenant aux luths turcs d’Anatolie, la lyre grecque et des
percussions que bercent les vagues de l’océan… Un songe de poésie, que
le duo ténor et soprano concrétisa en des chants d’amour, de danses,
d’horizons infini… Hôte en 2006 de la Folia, l’ensemble d’Arianna
Savall prolongea le voyage par deux généreuses reprises en y entraînant
public.
Enregistrée par Radio Suisse Romande Espace 2, la Rose des
Vents passera sur les ondes, lors de «Passé Composé», vendredi 4
septembre.
Un lundi lumineux, embaumé de printemps encadrait la
dernière journée de La Folia. En matinée, les festivaliers retrouvaient
leur figure emblématique Ruedi Lutz. Il avait choisi la Schaffhousoise
Helena Winkelmann, violoniste classique et de jazz pour des
improvisations foisonnantes de fantaisie. Passant de Bach à un
tonitruant moderne, d’Ave Maria aux czardas hongroises il faillit faire
perdre le solfège à plus d’un mélomane… Une heure de pure folie, dans
la meilleure imagination musicale…
Le neuvième Festival de musique
ancienne a été «un grand cru» dira en fin d’après-midi Sonia Lang
directrice de l’Office du Tourisme de Rougemont «autant par sa qualité
que par sa fréquentation qui a augmenté de dix-sept à vingt pour cent».
Pour clore sur ces excellentes nouvelles, la Capella de la Torre
retraça, en une grande fresque, la vie de Charles Quint. Le récitant
Antonin Scherrer s’attacha aux étapes marquantes, de la naissance à la
mort de l’Empereur. Des compositions espagnoles, françaises, italiennes
et allemandes illustraient le mariage, le couronnement, les guerres,
l’abdication, la retraite au couvent et le décès. Parmi les
instruments, la bombarde et la chalémie - tous deux de la famille des
hautbois - éveillèrent la curiosité.
Radio Suisse Romande Espace 2 diffusera, ce concert vendredi 2 octobre, dans le cadre de «Passé Composé».
Et
déjà se profile le dixième anniversaire de la Folia, à la Pentecôte, du
20 au 24 mai 2010. Les abonnements peuvent être réservés dès
maintenant, pour un programme entièrement consacré à Angleterre.
I.M.
Publié par le Journal du Pays-d’Enhaut, édition du 4 juin 2009